L’enfance

Je m’appelle Laurine F., j’ai 22 ans, je suis née à Hirson dans l’Aisne près de la frontière belge. À l’âge de 6 ans, j’ai été frappée par la leucémie.
J’ai passé mon enfance à l’hôpital. Cette enfance n’a pas été celle tant espérée par mes parents qui auraient préféré me voir courir, jouer, aller a l’école comme tous les enfants. Mais la réalité fut toute autre et à la place j’ai dû être hospitalisée, jouer dans une petite salle de jeu et aller à l’école à l’hôpital quand ma santé me le permettait. Aucun parent ne souhaite une telle enfance pour ses enfants et c’est pourtant ce que j’ai vécu.

Tout au long de ma maladie j’ai perdu des amis, et mes parents ont vu plein d’enfants partir les uns après les autres.... ce n’était vraiment pas facile !

Après un long traitement, lourd et pas toujours facile, j’ai enfin été mise en période de rémission. C’est la période où le corps se remet doucement de la maladie, petit à petit. C’est aussi la période la plus fragile puisqu’il est fréquent que l’on rechute et malheureusement une rechute est souvent très dure à combattre.
C’est dans cette période de rémission, que j’ai participé aux Voiles De l’Espoir, d’abord en 2007 en Bretagne, puis en 2009 en région Poitou-Charentes. J’étais partie avec la XIIème Région de la Table Ronde Française, et j’ai passé toute la semaine avec des Tablers que je ne connaissais pas au début, Gilles Fouchard et des Tablers de sa région. Évidemment comme tous les enfants, la Table Ronde Française, les Voiles de l’Espoir, le 41, les Ladie’s sont des noms qui ne nous parlent pas du tout au début.
Les VDE ont surtout été pour moi l’opportunité de pouvoir voyager, de m’évader sur des voiliers pendant quelques jours, de voir et penser à autre chose que l’hôpital et la maladie.
Évidemment j’étais entourée d’enfants malades comme moi, mais les VDE nous font oublier la maladie et nous montrent à travers cette escapade la beauté du monde.

En effet, les VDE nous emmènent voir le monde, nous font partager le meilleur, nous montrent que la vie mérite d’être vécue et nous donnent la force, la force de se battre et combattre la maladie pour vivre normalement.

Accompagné par les Tablers et les organisateurs des VDE j’ai pu passer des semaines loin de tout ce quotidien difficile. Après plusieurs jours j’ai retrouvé le sourire et j’ai vécu le plaisir de vivre des choses simples comme se baigner, s’amuser, faire du bateau, voyager, partager, nouer des liens !
Car c’est la partie la plus belle de cette aventure... Nouer des liens! Jamais je n’aurais pensé créer des liens aussi forts. Et même si je ne pense pas me rappeler de tous leurs noms, je n’oublierai aucun visage, je n’oublierai aucun de ces moments, de ces rencontres, de ces émotions...
Les VDE m’ont reconstruite, m’ont permis de vivre et sincèrement je ne sais pas si je serais encore ici aujourd’hui sans ça, car c’est peut-être tout simplement le bonheur de ces aventures qui m’a évité de rechuter.
Durant une semaine, avoir voyagé avec eux, avoir reçu tant par les VDE et la Table Ronde m’a redonné la pêche, le courage et l’envie de me battre, de passer outre cette maladie, qui ne m’a pas eue !

Les Etudes

Cette année, j’ai enchainé des petits boulots, mes études de droit et surtout j’ai passé le concours de sous-officier de gendarmerie que j’ai obtenu avec succès. J’attends maintenant d’incorporer l’École militaire des sous-officiers de gendarmerie à l’issue de laquelle j’incorporerai une brigade au sein d’une caserne et enfin une brigade nautique.
Pouvoir pratiquer mon métier à l’endroit où je me sens le mieux, sur un bateau, sur l’eau, serait la combinaison parfaite entre ma passion et ma vie.
Quand je suis sur l’eau, sur un bateau, je me sens bien, je suis moi. Je ne pense plus à rien, je m’évade. Mais la maladie que j’ai pu avoir m’a rendu tellement plus forte, que sur un bateau, je réalise que la vie n’est pas un long fleuve tranquille, qu'elle est semée d’embuches. J’ai survécu à quelque chose de très dur que d’autres enfants n’ont pas pu. Et quand je vois aujourd’hui ces enfants confrontés à la maladie, je veux le meilleur pour eux...

Et c’est en pleine préparation du concours que je reçois un appel de Gilles Fouchard. Après m’avoir emmenée naviguer en 2007, cette année il participe à l’organisation de l’édition 2015 sur le Lac du Der. Il me propose de participer en tant qu’ambassadrice et animatrice de ces prochaines VDE.
Très émue de son coup de fil, je n’ai pas hésité une seconde et j’ai posé aussitôt des vacances !
C’était pour moi l’opportunité de donner à mon tour aux enfants ce que moi j’ai pu recevoir il y a plusieurs années : l’espoir, le bonheur, de l’amour, de l’amitié, l’envie de se battre....

Les VDE 2015

J’ai beaucoup appréhendé les VDE car je voulais être à la hauteur ! Car aujourd’hui je ne serai pas la même personne sans les VDE, je leur dois beaucoup !
Lorsque j’ai rencontré pour la première fois des parents d’enfants qui allaient participer aux VDE, j’ai pu échanger avec eux ce qui fut très émouvant.
«On sait que la guérison existe, vous en êtes la preuve». Cette phrase que m’ont dit des parents m’a énormément touchée, car se rendre compte que l’on donne de l’espoir et du réconfort aux parents de ces enfants est un réel bonheur.
Lorsque les VDE ont commencé, ce fut assez effrayant ... autant d’enfants à encadrer, à surveiller, à qui je voulais donner le maximum ! Et pourtant dès les premiers instants, j’ai su que cette édition serait la plus belle expérience de ma vie, peut être même plus que celle quand j’étais enfant.
L’émotion était immense tout au long de la semaine. J’ai créé des liens inoubliables avec les Tablers de toutes les régions, avec des ladies présentes, des membres des VDE, des bénévoles, les animateurs/trices et surtout les enfants !

Les enfants étaient au courant que j’avais été à leur place quelques années auparavant et je crois que ça a été un réconfort pour eux. Certains me posaient beaucoup de questions sur moi sur ma maladie et ma guérison.

Un soir trois enfants sont venus me chercher dans ma chambre me demandant d’aller avec eux. Une fois dans leur chambre ils m’ont juste demandé de m’assoir, se sont assis en ligne devant moi et m’ont posé beaucoup de questions sur ma maladie, ma guérison, ma vie actuelle, mes cicatrices, mes séquelles... et d’un coup, ils se sont mis à se comparer avec moi. Un des enfants a dit cette phrase «si toi tu es guérie ça veut dire qu’on peut aussi guérir et ne pas mourir».
Entendre une telle phrase venant de la bouche d’un enfant de 10 ans a été une des choses les plus dures mentalement... Ma réaction a bien sûr été de les rassurer, de leur donner tous les espoirs possibles et l’envie de tout donner, de se battre. En revanche une fois sortie de leur chambre, j’ai fondu en larmes dans les bras d’une amie... Je ne pouvais pas craquer devant eux, je voulais leur montrer que j’étais forte !
Voir qu’ils vivent les mêmes choses que j’ai vécues et en sachant les risques possibles, voir leurs inquiétudes mais aussi leur simplicité à poser des questions dures, il était très dur de contrôler mes émotions et je n’ai pas pu empêcher de leur faire un gros câlin...

Cette semaine a rimé avec câlins, bisous, rigolades, fous rires, sourires et de l’amusement, de l’évasion... Elle a aussi a été très chargée, même très fatigués mais ils en ont profité au maximum...
Pour les adultes aussi, ces quelques jours ont été très durs mentalement car ces enfants étaient très attachants. Lorsque la fin des VDE a sonné... les «au revoir» sont arrivés. Quelques heures très émouvantes, car nous avons vécu tous les jours avec ces enfants, surtout nous les animateurs, qui même pendant la nuit étions présents pour les malheureux soucis de santé de ces enfants si courageux...
Les larmes étaient aussi au rendez-vous cachées par les lunettes de soleil, mais ces «au revoir» n’étaient pas des «adieux». Chacun a pu échanger adresses et numéros de téléphone pour se revoir plus tard.»

L’après VDE

En effet, depuis la fin de ces VDE 2015, j’ai déjà eu l’occasion de revoir plusieurs Tablers et garder contact avec d’autres car nous partagions tous un intérêt commun : le bonheur de ces enfants.
J’ai aussi eu le bonheur de revoir certains enfants et de faire quelques activités avec eux. Mais j’ai surtout la chance de vivre pas très loin de l’un d’eux, vers Reims, avec qui les liens tissés ont été très forts !
Je suis régulièrement invitée par ses parents à venir le voir et à partager des activités avec lui. C’est un vrai bonheur de le voir de plus en plus en forme à chaque fois. Ses parents m’ont confié que depuis les VDE il a repris du poids, est en meilleure forme et a retrouvé le sourire et la pêche!
C’est ce que les VDE font aux enfants : ils les guérissent, leur redonnent l’espoir et le sourire.

Les tatouages

C’est cet espoir, ces aventures, ma guérison avec les Voiles de l’Espoir que j’ai voulu garder en moi et plus précisément sur moi avec ces trois tatouages.
Quand j’ai eu 17 ans, accompagnée de mon père, je suis d’abord allée me faire tatouer des hirondelles dans le dos. Les marins s’en tatouaient lorsqu’ils avaient parcouru une longue distance afin de montrer qu’ils avaient survécu à une grosse épreuve. En effet, les hirondelles sont visibles par les marins près des cotes et pour eux c’était le signe du retour à la maison. Je les ai tatouées pour montrer que je reviens de loin et que je suis de retour malgré les épreuves difficiles.
Sur mon épaule, j’ai tatoué une ancre marine, c’est l’ancre d’un bateau qui lui permet de ne pas partir à la dérive. Cela fait référence à la navigation, aux Voiles, au bonheur que cette aventure maritime m’a procuré et qui m’a permis de ne pas partir à la dérive, de retrouver le sourire l’envie de vivre et de me battre !

Enfin j’ai récemment fait un troisième tatouage, dans mon dos : un bateau. Symbole du voyage, de l’évasion : Il représente tous les bateaux sur lesquels j’ai été, avec lesquels j’ai pu m’évader, profiter de la vie et retrouver le bonheur. Il représente «la navigation», tout ce chemin qui m’a reconstruite; une voile qui m’a permis de me hisser jusqu’ici et d’être aujourd’hui ce que je suis; deux pavillons, celui des VDE et celui de la TRF, deux associations qui font partie de ma vie.
Et un bateau, de plus en plus détaillé, de plus en plus construit qui représente mon corps aujourd’hui réparé.
La navigation m’a redonné le sourire, l’envie de me battre et encore plus que tout m’a construit, a dessiné mon histoire...»

Et demain

Pour ces années à venir, comme je l’expliquais avant, je vais être militaire dans le corps des sous-officiers de la gendarmerie. Mais j’aimerais beaucoup par la suite intégrer le Ladie’s Circle afin de fermer la boucle : Enfants des VDE, bénévole et accompagnatrice en tant que Ladie’s. Je pourrais ainsi redonner tout ce qui m’a été donné durant toutes ces années.
C’est pour moi un peu comme une dette, mais celle-ci je ne m’en acquitterai jamais, je ne souhaite jamais me dire que j’ai assez donné, car je donnerai tant que je pourrai !
Car aujourd’hui, pour moi, c’est une chance de pouvoir donner tout ça et de permettre peut-être à un enfant de (re)vivre !
Toutes ces aventures font partie de ma vie et toutes les personnes que j’ai rencontrées font partie de moi... m’ont accompagnée, m’ont changée, m’ont aidée. Je souhaite être l'une de ces personnes !